Égypte : ces rappeuses qui brisent le tabou du harcèlement sexuel

Pochette de l'album du groupe Bent al-Masarwa

Dans un pays où une grande majorité de la population féminine se dit victime d’harcèlement sexuel et où les libertés des femmes sont bafouées, les voix du groupe égyptien Bent al-Masarwa s’élèvent. À travers un rap engagé, ces féministes comptent bien faire bouger les choses.

Elles ont décidé d’utiliser les mots contre l’obscurantisme. Les rappeuses du groupe Bent al-Masarwa (« Fille de l’Égypte ») scandent l’émancipation des femmes. Les textes sont forts et poignants. L’honneur, le harcèlement sexuel ou la virginité, sont autant de thèmes que ces femmes passent en revue sous une plume maîtrisée et un flow limpide sur fond d’électro chaabi – un mélange de musiques américains, de beats électro et de musique traditionnelle arabe – et de rap.

« On nous répète toujours que nous sommes des filles, qu’il nous est défendu de parler, de protester, que notre voix est un affront tout comme notre corps. Mais c’est à nous de changer les mentalités, et pour cela, il faut une révolution », peut-on entendre dans leur titre Horeity (« Ma Liberté »).

Avec leurs textes, le groupe espère toucher les femmes mais aussi les hommes, pour faire bouger les rapports de genre. « Nous voulons atteindre les personnes qui ne partagent pas nos idées », explique Nada Riyadh, directrice du Nazra For Feminist Studies et productrice de l’album du groupe.

99,3 % des Égyptiennes victimes de harcèlement sexuel

Malgré l’initiative de ces femmes et de bien d’autres qui les ont suivies (Soska en Égypte, Mai Mandour en Arabie saoudite ou encore Sonita Alizadeh, la rappeuse afghane qui dénonce le mariage forcé), le rap féminin arabe n’est que trop peu représenté et écouté. Loin de l’image des rappeuses américaines qui gagne des millions, ces artistes orientales doivent se limiter aux vidéos Youtube et à quelques concerts.

En parallèle, les avancées pour les droits des femmes en Égypte sont encore très maigres surtout d’un point de vue juridique. Par exemple, les termes « harcèlement sexuel » sont entrés dans le code pénal égyptien qu’en juin 2014 et la peine prévue étant de 6 mois de prison ferme contre l’accusé. Une peine encore trop peu signifiante et des condamnations trop rares face à la gravité des faits. Surtout lorsqu’on sait que 99.3% des femmes égyptiennes révèlent avoir été victimes de harcèlement sexuel, selon le rapport de l’ONU Women d’avril 2013.

Publié initialement sur Terrafemina
Separator image Publié dans Monde.

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