Journée mondiale contre l’esclavage des enfants : l’effroyable phénomène des « enfants fantômes »

Aujourd’hui, l’ONU estime à 230 millions le nombre de jeunes citoyens dans le monde ne bénéficiant pas d’une identité reconnue par l’État. Un situation qui leur vaut le nom « d’enfants fantômes ». À l’occasion de la Journée mondiale contre l’esclavage des enfants, ce samedi 16 avril, décryptage de ce phénomène encore peu connu mais qui cache une réalité dramatique.

N’ayant pas été enregistrés à la naissance, 35% des enfants dans le monde n’existent pas de manière officielle pour les administrations de leurs pays. En cause : souvent la grande précarité dans laquelle vivent les parents – dans certains pays, cette démarche est payante. Facteur aggravant, il n’en reste pas moins la seule cause. L’isolement dû à la faible décentralisation des services administratifs dans certaines régions ou encore un pays en guerre, en sont d’autres.

Parmi les pays les plus concernés, on retrouve l’Asie du Sud mais aussi l’Afrique subsaharienne, où plus de la moitié des enfants qui naissent vivent sans état civil. Selon les chiffres donnés par Plan International, en Somalie, seulement 3% des enfants sont enregistrés à la naissance et un peu plus du double (7%) en Éthiopie et au Pakistan.

Mais comme nous l’explique Yvan Savy, directeur général de Plan International France, ce ne sont pas les seuls pays concernés. « On peut observer ce même phénomène en Europe chez les clandestins ou les populations mobiles, comme les Roms. Mais cela reste très marginal. Nous connaissons quand même un taux d’enregistrement de 98%. »

Sans identité, pas d’avenir

Pour ces « fantômes », l’absence de ce simple bout de papier les empêche d’accéder à une vie normale. Un grand nombre d’actions sont impossibles : se marier, voter, travailler de manière légale ou encore aller à l’école – dans certains pays d’Afrique, on ne peut passer le certificat d’études primaires sans son certificat de naissance. Même une simple maladie bénigne ou un accident se transforment, pour ces enfants, en une condamnation à mort, car n’ayant pas accès aux soins ni à la Sécurité sociale.

Sans identité, ils deviennent également plus vulnérables face aux abus les plus sordides (trafic d’organes, prostitution, enrôlement, mariages précoces…) et vivent contre leur gré avec le statut d’apatride. En cas de catastrophe naturelle ou de conflit, il s’avère alors très difficile de réunir les membres d’une famille en l’absence de documents officiels.

Des terribles conditions que vivent des milliers de personnes dans le monde et dont témoigne le jeune Pitch, âgé d’environ 17 ans. D’origine cambodgienne, il fait partie de ces esclaves modernes, réduits au silence. Comme ses cinq frères et soeurs, le jeune homme ne possède pas de certificat de naissance. Sans existence administrative et totalement déscolarisé, il se retrouve contraint de travailler illégalement au service d’un parfait tyran pour subvenir aux besoins de toute la famille.

Pitch raconte : « La nuit, il est difficile de dormir sur le sol en brique et nous n’avons pas le droit d’avoir des moustiquaires, alors qu’il y a beaucoup d’insectes. Du coup, nous ne parvenons pas à bien nous reposer la plupart du temps. Il n’y a pas non plus de place pour ranger nos vêtements. Nous sommes contraints de les mettre dans un sac plastique suspendu dans la salle de bain. »

Parce que #ChaqueEnfantCompte

Lancée en 2015 par Plan International, la campagne #ChaqueEnfantCompte fait de l’enregistrement des nouveau-nés, un axe majeur de son action dans le monde. « Car l’acte de naissance est un droit. Qui plus est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme », nous rappelle Yvan Savy.

Pour lutter contre ce phénomène, l’ONG déploie des moyens simples mais non moins efficaces. Tout d’abord, la mise en place d’une équipe mobile se déplaçant de village en village, pour sensibiliser les populations et organiser des sessions d’enregistrement de naissances. Mais aussi la création de programmes permettant aux locaux de signaler au centre administratif le plus proche, la naissance d’un bébé par le simple envoi d’un SMS.

Mais selon le directeur général de Plan International, les parents ne sont pas les premiers à blâmer. Face à des personnes souvent mal informées qui eux-même ne possèdent pas de certificat de naissance ou ne se rendant pas forcément compte de tous les enjeux que ce manquement implique, c’est à « l’État de prendre ses responsabilités. Procéder à l’enregistrement des naissance est essentiel à la modernisation de tout pays et fait partie des instruments indispensables de planification d’infrastructures sanitaires, éducatives ou immobilières. »

Aujourd’hui, par l’action de Plan International, 10 pays parmi les 52 avec lesquels l’ONG travaille, ont instauré la gratuité de l’enregistrement à la naissance – dont le Bangladesh, l’Indonésie et le Mali mais aussi Le Honduras, le Vietnam et le Niger, entre autres. Des chiffres qui représentent pas moins de 153 millions d’enfants.

Hormis les nombreux moyens mis en place par Plan International, chacun d’entre nous, à notre échelle, nous pouvons faire avancer ce projet d’envergure. Soit par des dons à faire directement sur le site de l’ONG ou bien en parrainant un enfant . Car parrainer, c’est donner le droit d’accéder à une existence meilleure.

Crédit photo : Plan International
Publié initialement sur Terrafemina
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